Mon deuxième invité sur ce blog est Charlotte Noyer, spécialiste de cinéma et plus particulièrement de la presse cinématographique, sujet sur lequel elle a effectué un mémoire de recherche. Son article prend appui sur ce travail de recherche et analyse le lien entre les magazines de critique ciné et leurs lectures. Prenant comme exemple deux magazines radicalement opposés – Studio Ciné live et Les Cahiers du Cinéma, elle se demande si finalement, sous couvert d’exigence dans les contenus, ce dernier n’adopte pas une posture paternaliste vis-à-vis de ses lecteurs.    

        

Studio ciné Live

                                                                  

Si la presse écrite est en crise, cela n’affecte pas – du moins pas encore – l’impressionnante offre de titres spécialisés dans le cinéma. En effet, les magazines cinématographiques sont pléthores,  il y en a pour tous les goûts : spécialisés dans le film de genre, le cinéma italien, le film d’animation etc.  Seulement voilà, cette diversité est très peu représentée dans les kiosques, voie de distribution royale pour qui entend vouloir toucher le maximum de lecteurs possible. Car dans nos kiosques, seuls quelques privilégiés se côtoient : les plus connus, et fatalement, les plus accessibles. Mais n’allons pas trop vite en parlant d’ « accessibilité ». Et si nous faisions la différence entre l’accessibilité matérielle et l’accessibilité intellectuelle ?

Car il ne suffit pas seulement de posséder un magazine pour s’approprier son contenu. Prenons l’exemple de deux magazines, tous deux connus et reconnus comme symbolisant deux manières diamétralement antinomiques de parler du cinéma et d’être « critique de cinéma » : d’un côté, prenons Studio Ciné Live, magazine dit « populaire » et « grand public » ; de l’autre, les Cahiers du cinéma, chef de file historique des magazines « cinéphiles » et dits « intellectuels ».

Bien que tous deux se revendiquent d’une approche critique, force est de constater qu’ils n’appréhendent absolument pas leur métier de la même façon. Aussi, quand l’un (les Cahiers du cinéma) s’applique avec brio à respecter une approche « noble » de la critique de cinéma et du journalisme culturel ; l’autre (Studio Ciné Live) se soumet, sans l’assumer, aux diktats d’une logique marchande et marketing. Car en effet, les Cahiers du cinéma proposent un contenu représentatif d’un art artistiquement et culturellement très divers. Le cinéma et l’actualité cinématographique y sont problématisés, interrogés, analysés. Et surtout, la critique de cinéma est création, avec un parti pris et une subjectivité largement assumés. De son côté, Studio Ciné Live se fait le reflet d’une conception – majoritairement - aseptisée et commerciale du cinéma, portée par une valorisation excessive de la « star » (comptons, par exemple, sur les doigts d’une main les unes dédiées aux metteurs-en-scène) : une star qui fédère et séduit, éloignant par la même la vraie réflexion et le débat critique. Ne nions pas pour autant que la diversité (de films, de nationalités, de personnalité etc.) y est représentée. Seulement, elle est largement reléguée au second plan, ou dans les contenus les plus courts.

 

presse ciné

 

Mais envisageons un instant les choses sous un angle différent. Et si, face à la parole très forte des Cahiers du cinéma, face à un discours remarquablement construit (une plume talentueuse, un savoir cinéphile impressionnant, ou encore une radicalité exacerbée), le lecteur pouvait se retrouver dans une posture d’élève à maître, quand il n’est pas tout simplement exclue par cette narration virtuose ? Et bien qu’il soit tout à fait légitime pour les Cahiers du cinéma de se refuser à vulgariser leurs propos (ne cédant ainsi pas à des logiques d’audimat, au détriment de la qualité de leur contenu), admettons quand même qu’il s’agit pour le magazine de s’adresser – stratégiquement ? – à quelques « happy few », aux cinéphiles les plus avertis. Laissant alors le « grand public » aux prises d’un magazine au discours quelque peu insipide, mais pourquoi pas, plus libre que celui des Cahiers du cinéma ? Car parfois dans les Cahiers du cinéma, la différence entre un discours formateur et un discours autoritaire est quelque peu ténue…

 Charlotte NOYER

N'hésitez pas à aller jetter un oeil au blog de Charlotte qui traite des médias, de la communication et de la culture http://www.thenewsynotebook.wordpress.com/ 

 Images: Unes de Studio Ciné Live et des Cahiers du cinéma, montage presse cinématographique