Barbara "TAB" Portailler est une jeune photographe qui crée des dispositifs artistiques à partir de matières recyclées. Plutôt que de jeter vos déchets, donnez-les lui, elle en fera une oeuvre d'art! Elle est actuellement en résidence aux Rencontres Photographiques du 10e, co-organisées par la mairie du 10e et la bibliothèque Château d'Eau. A partir du 17 octobre, Barbara Portailler proposera une installation photographique, plastique et participative in progress: « Qu’avez-vous perdu ? ». Son travail s'articule autour de la mémoire, de la participation du public et du recyclage, car pour la photographe "l'art est un moyen de communiquer qu'[elle] veut utiliser pour communiquer sur des thèmes qui [lui] sont chers".

Barbara Portailler, une artiste qui navigue entre passé et futur

indexLa temporalité est au coeur du travail de Barbara Portailler. La perte d'une série de photos dans un train et la fin d'une histoire d'amour... Voilà ce qui a poussé l'artiste à s'interroger sur la mémoire. Après des recherches en neurosciences, un constat s'impose pour la jeune artiste: la photographie et la mémoire sont antinomiques. Alors pourquoi ne pas les lier dans un acte créatif ? Si la photo permet de graver un souvenir sur un objet tangible, elle le fige pour toujours. La mémoire au contraire est un flux . Nos souvenirs changent à chaque fois que nous les convoquons car nous y ajoutons des éléments du présent. Ainsi est née la série "Empreintes & Chose perdue" sur le thème des souvenirs et des traces, matérielles et immatérielles, qu'ils nous laissent. Dans le 3ème acte de cette série entamée en 2010, Barbara pousse le public à "ne pas rester passif face à ces souvenirs". Ainsi, avec le projet "Qu'avez-vous perdu ?", la photographe récupère les objets qui vous ont consolé suite à une perte, et s'en sert pour construire son installation. Le public est invité à lui laisser un objet rattaché à un souvenir et à créer ensuite son "souvenir du futur" par la photographie. Passé, présent et futur se mêlent dans un acte créatif commun.

Partager avec les autres le souvenir d'une perte: une co-création

Pour Barbara, l'aspect participatif de son projet s'est imposé naturellement. Et pour cause, elle n'en n'est pas à son premier coup d'essai. Curieuse de nature, elle se nourrit des témoignages des gens qu'elle rencontre. Pour le projet "Qu'avez-vous perdu ?", le public est au coeur du dispositif. Sans son implication, l'oeuvre n'existerait pas. Ce que l'artiste apprécie également dans les projets participatifs, c'est une forme de lâcher-prise. La co-création avec le public l'oblige à "se détacher du résultat pour se concentrer sur le processus". L'incertitude du résultat le rend finalement moins important que le cheminement pour y parvenir. Le collaboratif se niche également dans la présence des artistes invités: Laure Devenelle et Diane Coquard qui participent à la création de l'oeuvre.

Le recyclage artistique de Barbara Portailler

arbre aux mouchoirs

L'Arbre aux Mouchoirs

Barbara utilise uniquement des matériaux récupérés (bois, livres récupérés via Emmaüs) pour construire son installation plastique "Qu'avez-vous perdu ?". Elle n'est pas la première à recycler des objets par l'art mais dans son cas, sa démarche s'inscrit parfaitement avec l'aspect participatif de son projet. "Je joue sur la notion de valeur" nous explique-t-elle. Habilement, elle prend le contre-pied de la pensée commune qui attribue aux objets neufs la plus grande valeur et aux objets récupérés une moindre valeur. Cette dépréciation facilite, selon elle, la participation du public dans son projet. Celui-ci s'autorise à endosser les habits d'artiste pour un temps car il pense qu'il ne va pas gâcher des matériaux nobles. Finalement, l'installation créative en devient valorisée car le public s'y est impliquée. Pourquoi utiliser des matériaux recyclés pour créer une oeuvre plutôt que des matériaux neufs? Pour Barbara, sensible au monde qui l'entoure, la démarche est naturelle. En tant qu'économiste, elle s'interroge depuis longtemps sur la manière dont nous utilisons les ressources. L'art, noble par lui-même, n'a pas besoin d'user des matières neuves, pense-t-elle. De plus, la récupération lui permet de développer l'aspect participatif de son travail et de proposer une seconde vie à un objet. Celui-ci conserve bien évidemment la mémoire de sa première vie, ce qui apporte une profondeur à l'oeuvre d'art.

Temporalité, participatif et recyclage, les trois piliers de la démarche artistique de Barbara Portailler.

Rendez-vous du 17 octobre au 14 décembre! Et en attendant, pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site Internet de l'artiste et le site Internet des Rencontres Photographiques du 10e

Photos: Barbara Portailler

Article écrit à partir de l'interview de Barbara Portailler réalisée le 26/09/2013 par Andréa Astorga