roselyne bachelotEn plein mois d'août, période journalistiquement creuse, nul doute que les journalistes préparent leur rentrée. Et j'ai décidé de me pencher sur une tendance qui est née l'année dernière et s'accentue en 2013: la conversion de certains hommes et femmes politiques en journalistes. Roselyne Bachelot sur D8 dans l'émission "Le Grand 8" depuis 2102, Jeanette Bougrab annoncée à la rentrée sur Canal+ dans "Le grand Journal", Daniel Cohn-Bendit sur Europe 1 ... Les exemples ne manquent pas. Certes la plupart des hommes politiques exercent un autre métier - avocat, homme d'affaire, consultant - mais l'incursion dans le journalisme restait rare. Et pour cause, le journalisme est loin d'être un métier comme les autres. Les relations entre les journalistes et les hommes politiques étant réputées complexes, on peut s'interroger sur ce qu'implique ce passage d'une carrière d'homme politique à journaliste. L'inverse étant moins problématique et plus courant; parmi les journalistes s'étant engagés en politique, citons notamment Jean-Marie Cavada, Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber. Dernier en date à avoir effectué ce revirement: Claude Sérillon est devenu le conseiller communication de François Hollande.

L'enjeu principal: l'éthique journalistique et la crédibilité de l'information

journalistePassage du pouvoir politique au pouvoir médiatique - le quatrième pouvoir - , passage de l'action à l'observation de la vie politique. Mais surtout la vraie question: comment un journaliste ex-homme politique peut-il être légitime? Comment les informations qu'il relaie peuvent-elles être valables? On accuse facilement les journalistes de connivence avec les politiques mais ces nouveaux journalistes paraissent d'autant plus suspects que l'opinion publique les a auparavant connus pour leurs convictions d'hommes politiques. Mais avant de crier à la collusion, il faut se demander si l'ensemble des journalistes peuvent être totalement indépendant? Les journalistes sont toujours encadrés par une rédacteur en chef qui rappelle la ligne éditoriale du média, au service duquel se met le journaliste. Les anciens hommes politiques devenus journalistes doivent s'y plier comme les autres. Par ailleurs, n'importe quel journaliste a des convictions, nul besoin d'avoir fait de la politique pour cela, la critique de subjectivité ne s'appliquerait donc pas plus à l'un qu'à l'autre. En effet, n'importe quel journaliste peut avoir des conflits d'intérêts d'ordre politique, économique ou moral avec un sujet; libre alors à lui d'en informer sa rédaction et de passer le relais à un autre journaliste. La conscience professionnelle de tout bon journaliste devrait l'emporter sur ses convictions personnelles, au même titre que dans n'importe quel métier, on sépare le privé et le professionnel. C'est à ce prix que l'intégrité professionnelle peut être préservée.

on air

Cependant, l'opinion publique critique de plus en plus les relations de proximité entre la politique et le journalisme dont elle attend qu'il soit un réel contre-pouvoir. Alors qu'est-ce qui pousse les médias à engager das anciens hommes politiques? Au-delà de l'effet d'annonce qui promet un joli coup de pub, sont-ils engagés dans une perspective journalistique ou simplement pour leur connaissance de la vie politique? En fait, cette nouvelle tendance s'inscrit dans l'industrialisation de l'information qui conduit les propriétaires des médias à gérer d'un point de vue purement économique, en fonction de l'audience.