sophie tithLa création musicale existe-t-elle encore pour les grandes majors ? C'est la question que l'on peut se poser lorsque l'on fait un panorama des albums produits par les grandes maisons de disques. C'est particulièrement vrai pour les artistes issus des émissions de "talent show" comme Nouvelle star ou The Voice. Ils se sont fait connaître en chantant les chansons des autres, ils semblent condamnés aux albums de reprises. S'il tentent un album de chansons originales, bien souvent, le succès  n'est pas au rendez vous.  Ainsi, Nolwenn Leroy a eu son plus gros succès commercial avec "Bretonne", son albums de chants traditionnels bretons. Idem pour Chimène Badi et son album de reprises de chansons gospel et soul. Quant à Jenifer, elle semble rebondir avec son album de reprises de France Gall, après deux albums qui ont été des semi-échecs. Les exemples sont multiples dans un contexte de marché de disques de moins en moins rentables. Désormais l'album de reprises semble être un passage obligé pour les chanteurs qui se sont fait connaître dans une émission de télé-crochet. Ainsi, Sophie-Tith, la gagnante de l'édition 2013 de Nouvelle Star, vient de sortir un album de reprises de différents artistes. De la même façon, Olympe, le presque-gagnant de The Voice 2013, a annoncé qu'il allait sortir un album de reprises avant de sortir un album de chansons originales. Est-ce le public qui est frileux face à la nouveauté? Les maisons de disque qui prévoient de meilleures ventes pour un album de reprises? Les auteurs-compositeurs français qui n'écrivent pas de bonnes chansons?

L'album de reprise: le risque zéro pour les maisons de disque

jeniferLes maisons de disques, fragilisées face aux nouveaux modes de consommation de la musique (dématérialisation de la musique comme en témoigne l'explosion d'Itunes ces dernières années et des plateformes de streaming musical comme Deezer, sans parler du télépchargement illégal) ne peuvent plus se permettre de prendre des risques. Or une chanson originale est une prise de risque tandis qu'une reprise d'une chanson connue limite ce risque. En effet, le grand public achète plus facilement un produit culturel qu'il connaît déjà plutôt qu'une nouveauté dont il aura peur d'être déçu. En effet, la musique enregistrée, comme tous les secteurs des industries culturelles, présentent la caractéristique d'être un bien d'expérience. C'est à dire qu'il est impossible de savoir si on va aimer ou pas, avant d'avoir consommé le bien culturel. Autrement dit, c'est au moment d'écouter l'album que l'on peut dire si on est satisfait de son achat ou pas. Avec l'album de reprises, cette caractéristique s'efface quelque peu. En effet, le public connaît à l'avance le contenu de l'album et c'est donc un paramètre rassurant qui pousse à l'achat. On peut constater que l'industrie du cinéma applique les mêmes recettes avec le développement de franchises comme Superman ou Avengers (des héros déjà connus) et les suites de films ayant eu du succès (Very Bad trip 3 et Fast and Furious 6 au mois de juin par exemple). Autre avantage, l'album de reprises est davantage visible, dans la multitude d'offre de produits culturels, qu'un album original.

Dans le secteur de la musique, deux facteurs principaux poussent à l'achat: un(e) chanteu(se) connu(e) qui a une longue carrière et beaucoup de fans qui achèteront les nouveaux albums, quoi qu'il arrive. Dans ces cas, on achète l'album pour son interprète plus que pour la qualité des chansons. Deuxième cas de figure, le succès d'un album grâce à des chansons efficaces, même si l'interprète est inconnu. L'album de reprise a l'avantage de regrouper ces deux avantages. Ainsi le succès de l'album Génération Goldman (multi-interprètes) s'expliquent par le choix des chansons mais aussi parce que le "label Jean-Jacques Goldman" y est apposé, gage de qualité. Ce dernier n'ayant pas sorti d'albums depuis 10 ans, l'attente est d'autant plus fort. Idem pour France Gall.

 

génération Goldman

               

Un manque d'inspiration des artistes?

Pour certains, l'album de reprises est un habile coup marketing qui cache le manque de créativité des nouveaux interprètes. Pour répondre à cette critique, les albums de reprises essayent de proposer une version différente de la version originale. Une manière de prouver que la créativité est tout de même présente et que l'interprète offre une version personnelle de chansons connues. On peut aussi prendre l'exemple des samples (un morceau d'un ancienne musique est utilisé pour créer une nouvelle chanson, comme Madonna avec sa chanson Hang up, sample d'ABBA) qui sont de plus en plus répandus pour affirmer que rien n'est réellement nouveau et que les musiciens s'inspirent du passé pour créer.

 

Images: premier album de Sophie Tith, "Premières rencontres", album "Ma déclaration", Jenifer, les artistes ayant participé à l'album de reprises de JJ Goldman