A l'heure où l"Europe tente de retirer le secteur audiovisuel des négociations sur le libre-échange avec les États-Unis, la question est plus que jamais d'actualité. Il y a toujours eu une tension entre les dimensions artistiques et commerciales dans les industries culturelles. En effet, comment trouver un équilibre entre les caractéristiques de la création (être libre de toutes considérations matérielles pour pouvoir prendre des risques et innover) et les exigences de la marchandisation (être accessible à un large public et être financièrement viable)? Ces deux perspective semblent souvent irréconciliables. Ainsi, des produits culturels conçus pour un marché de masse sont souvent fustigés par les critiques littéraires, ciné ou musique tandis que des oeuvres culturelles audacieuses sont des échecs commerciaux et se cantonnent à un marché de niche.MCC

Deux visions s’opposent : les pays anglo-saxons considèrent la culture comme une marchandise alors que la France, s’appuyant sur l’héritage des Lumières qui associe culture et émancipation de l’homme, fait de la culture un concept politique, social et philosophique. Il en découle deux modèles: le modèle américain de financement de la culture par la croissance économique, la publicité et les donateurs privés; et le modèle français de financement de la culture par des aides de l'État (mesures économiques comme les quotas, le prix unique du livre, des subventions aux institutions culturelles, le système d'abbattement fiscal pour les mécènes... etc) aussi appelée l'exception culturelle française.

the artistEn France, les industries culturelles (cinéma, édition, musique, médias) sont considérées comme un secteur économique particulier, ce qui justifie le soutien de l'État . En effet,l’intervention publique est considérée comme indispensable pour pallier les anomalies structurelles des industries culturelles, qui les rendent vulnérable par rapport aux autres industries. Quelles sont ces spécificités des industries culturelles? Tout d'abord, ce marché est caractérisé par un degré élevé d'incertitude: le succès n'est jamais garanti car personne ne peut prédire la réaction du public. Ainsi qui pouvait prévoir l'immense succès du film muet et en noir et blanc The Artist ? Deuxièmement, un coût de production élevé mais un faible coût de reproduction rend la production d'un bien culturel très longue et chère tandis qu'il est très facile de produire des contre-façons. L'État a essayé de compenser ces caractéristiques économiques par des mesures avantageuses pour les industries culturelles, par exemple le prix unique du livre est une exception aux règles habituelles de la concurrence. Troisièmement, le caractère immatériel d'un bien culturel, même s'il se matérialise sur un support physique (CD, livres ...) rend difficile la commercialisation des oeuvres culturelles. Par conséquent, les industries culturelles ont créé de la « rareté artificielle » pour donner une valeur économique aux biens culturels dont toute la valeur réside dans le contenu.

Cependant, beaucoup d’économistes réclament le rapprochement entre culture et économie, en s’appuyant notamment sur l’inefficacité de l’intervention de l’État. Par exemple, l'économiste de la culture Françoise Benhamou conseille de concentrer le financement public sur la communication pour aider les consommateurs à choisir parmi la large gamme de produits culturels qui existe au lieu de financer les institutions culturelles (théâtre, salle de spectacle vivant, opéra).

culture pour tousL'enjeu c'est la diversité culturelle. La France considère que la position du "laisser-faire" le marché n'aboutit pas à une production culturelle diversifiée et de qualité. Elle considère aussi que l'accès à tous à la culture ne serait pas garanti par le marché. Et en effet, si on compare les prix des billets des musées publics à ceux des musées privés, la différence est de taille.

Chose amusante: c'est le cinéma américain qui finance, sans le savoir, le cinéma français. En effet, une taxe sur les billets de cinéma finance en partie les long-métrages français, or les billets de cinéma les plus vendus sont ceux pour aller voir des films américains à gros budgets. L'exception culturelle française est donc financée en partie par la culture marchandisée des Etat-Unis!

 

Images: logo MCC "Un ministère nouvelle génération", extrait du film The Artist avec Jean Dujardin et Bérénice Béjo, logo MCC la "culture pour tous"