Affaire Cahuzac révélée par Médiapart, utilisation d'armes chimiques en Syrie mise en évidence par les journalistes du Monde Laurent Van der Stockt et Jean-Philippe Rémy. Deux affaires qui montrent que les journalistes ne sont pas uniquement des des relais de l'information. Ils peuvent agir sur la réalité. Le précédent le plus célèbre survient en 1972 lorsque les journalistes du Washington Post Carl Bernstein et Bob Woodward révèlent le scandale du Watergate, poussant le président des États-Unis Richard Nixon à démissionner. Un exemple de journalisme d'investigation qui font des journalistes des enquêteurs dont le résultat des investigations peut changer le cours de la réalité. Un type de journalisme bien loin de celui qui consiste à reprendre les dépêches des agences de presse. Il est intéressant de passer en revue les conséquences de ces deux affaires révélés par les journalistes de Médipart et du Monde.

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Les conséquence de l'affaire Cahuzac sont multiples à commencer par la démission du ministre du budget et sa mort politique. Mais au-delà du destin d'un homme, il y a également des conséquences plus politiques. En effet, l'affaire relance le débat sur la moralisation de la vie politique que François Hollande avait tant défendu au moment de son élection, plaidant pour une "République irréprochable". Face au scandale Cahuzac, François Hollande n'a d'autre choix que d'annoncer la préparation d'une loi sur la transparence en politique. Les ministres du gouvernement ont du rendre public leur patrimoine immédiatement, les députés eux, y échappent avec un vote d'une loi modifiée qui interdit la publicisation du patrimoine des élus.

Avec l'affaire Cahuzac, on assiste à une instantanéité de l'information et de sa conséquence sur le réel: il n'y a eu que quelques mois entre les révélations de Médiapart et la mis en examen de Jérôme Cahuzac. Le justice s'est immédiatement saisis de l'affaire. Sans les accusations de Médiapart, une information judiciaire aurait-elle été ouverte? Les journalistes paraissent devenir les nouveaux enquêteurs, à la place de la police. Mais est-ce leur rôle? Finalement, cette affaire pointe le manque d'enquête de la justice (empêchée par le gouvernement? par manque de moyens?). L'affaire rend en tout cas crédibles les enquêtes journalistiques alors que Médiapart a souvent été accusé de dénoncer sans preuves.

le mondeEn ce qui concerne la Syrie, il s'agit moins d'une révélation que d'une preuve que les journalistes du Monde ont apporté. Depuis quelques mois, des soupçons quant à l'utilisation d'armes chimiques par le gouvernement de Bachar Al-Assad se faisaient jour à demi-mot. Les envoyés spéciaux du Monde apportent donc leur témoignage mais aussi des preuves irréfutables et objectives avec une vidéo d'une attaque chimique et un un échantillon qui a été analysé et confirme la présence de gaz sarin. Depuis la guerre du Golfe, les guerres sont des guerres en image et nul ne peut dire qu'il n'est pas au courant de ce qui se passe au front. Mais des doutes sur la véracité des informations relayées et des accusations de propagande peuvent toujours survenir tant les militaires censurent ou du moins encadrent parfois les médias. Cette fois, une preuve tangible est mise en lumière et pourra peut être changer le cours de cette guerre, l'utilisation d'armes chimiques ayant été définies par les États Unis comme une ligne rouge à ne pas dépasser. 

Ces deux exemples prouvent en tout cas l'indépendance des médias à l'égard des politiques. Mais surtout ils interrogent la responsabilité des journalistes et leur devoir de réserve. Doivent-ils tout révéler? Même des affaires qui peuvent avoir des conséquences négatives? Informer doit-il être le leitmotiv absolu ou bien les rédactions doivent-elles parfois censurer leurs reportages ?

Liens: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/27/syrie-le-monde-temoin-d-attaques-toxiques_3417225_3218.html

http://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/notre-dossier-le-compte-cahuzac