Rappelons que l'accessibilité à la culture est garantie par la Constitution française du 27 octobre 1947: « La Nation garantit l'égal accès à l'enfant et à l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture ». L'Etat est donc garant de cette accessibilité et les musées se sont vus attribués une mission d'utilité publique en plus de leur rôle de conservation du patrimoine. De nombreuses initiatives ont été menées pendant la dernière décennie pour tenter de démocratiser les institutions muséales: délocalisation de musées en régions avec l'ouverture du Louvre Lens et du Centre Pompidou Metz, expositions « hors les murs », numérisation des collections permanentes... De plus en plus de musées considèrent le numérique comme une opportunité pour favoriser l’accessibilité à la culture et attirer dans les musées un public non prédisposé à l'art. Mais quelle en est la contrepartie? Internet permet-il réellement d'effacer les barrières à l'accès à la culture?

 

ntic musée

Beaucoup d’acteurs du secteur culturel reconnaissent que le numérique est une vraie opportunité de rendre les événements culturels et les musées non seulement plus accessibles mais aussi plus attractifs. En effet, le web a la vertu d’effacer les frontières spatio-temporelles, rendant ainsi la culture accessible à tous, quel que soit le lieu d’habitation. Ainsi, les habitants des régions françaises et d’Outre mer, ayant moins accès à des établissements culturels dans leur environnement proche, peuvent être en contact avec les œuvres d’art de tous les musées. Le numérique serait donc un moyen de contourner le frein géographique d’accès à la culture et de mettre fin à la domination culturelle parisienne. Mais finalement si l’on prend comme exemple le projet Google art de musées virtuels, la majorité des musées qui y sont présents sont parisiens, donc le projet en lui-même fait la promotion des grands musées parisiens, à la notoriété déjà bien établie. Ainsi, dans cet exemple, le numérique ne permet pas le développement de projets culturels locaux ni un rééquilibrage culturel en faveur de la Province.

Les 17 musées qui ont accepté de participer au projet Google Art, voient cet outil comme un prélude et un approfondissement à une visite au musée. Le visiteur prépare sa visite au musée de manière virtuelle. Un autre visiteur qui voudra revoir certaines œuvres fera de même. Google art permet de s’approcher et de saisir au plus près les détails d’une œuvre, chose impossible dans un vraie musée. Nul doute que le numérique a donc le pouvoir de rendre désirable et attirant ce qu’il met en avant. Le numérique serait donc un moyen de communication permettant de créer une valeur ajoutée à la culture et de pousser l’internaute à aller au musée, au théâtre, à l’opéra. Pour Philippe Bélaval, Directeur général des Patrimoines, le musée virtuel est « un complément […] une invitation à aller au musée ». Le web est alors un outil de communication classique au même titre qu’une affiche publicitaire, qu’une annonce presse. Le web peut aussi jouer un rôle de « teaser » comme par exemple, le MuCEM qui ouvrira en 2013, et qui dévoile aujourd’hui ses premières images sur son site Internet.

En termes d’accessibilité, outre la problématique géographique Paris/Province, se pose la question du public jeune.

google art project 2

 De nombreuses mesures ont été prises pour favoriser l’accès à la culture des jeunes notamment une politique de prix attractive (citons l’accès gratuits à tous les musées nationaux pour les ressortissants de l'Union Européenne agés de moins de 26 ans). Mais certains pensent que pour attirer davantage un public jeune, il faut communiquer via des outils qui leur sont familiers et avec lesquels ils ont une affinité : à savoir les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Agnès Alfandri reconnaît : que « Le Louvre c’est vaste et impressionnant. L’introduction d’un objet familier pour les jeunes et les familles permet aussi de leur dire que le musée, c’est cool ». On voit ici le pouvoir d’agir sur l’image du musée en tant d'institution, facilité par le numérique. En effet, associer la culture à Internet permet aux musées de se défaire d’une image jugée sérieuse et ennuyante par ce public. Le numérique permet d’installer un lien de confiance avec le jeune visiteur qui pourra s’approprier plus facilement les œuvres d’art grâce à un outil numérique.

 

google art project

La question de l’accessibilité se pose également en matière d'éducation et de connaissances en histoire de l’art. Le manque d’éducation peut être un frein à la fréquentation des musées, les chiffres de fréquentation montrent que la majorité des visiteurs possèdent un diplôme de 2 ou 3ème cycle universitaire. Pour cela, le numérique apparaît comme une formidable opportunité de démocratiser les musées. En effet le numérique peut être utilisé comme aide à la visite, en prolongement des audio guides : par exemple via des écrans tactiles. Selon une enquête du Centre de Recherche pour l'Etudes et l'Observation des Conditions de vie, 52%  des personnes interrogées estiment que dans un musée, le visiteur est livré à lui-même, sans information. Les TIC peuvent remplir ce rôle pédagogique en y ajoutant une dimension ludique, plus à même de conquérir une cible jeune ou non experte. En effet, le numérique est par nature divertissant, et permet une interactivité. La plupart des musées virtuels proposent des notices explicatives pour chaque oeuvre, chaque peintre, chaque époque, chaque style picturale. Des éléments explicatifs beaucoup plus nombreux que dans les musées physiques, et que les internautes peuvent prendre le temps de lire.

 

Enfin, un autre frein à la fréquentation des musées réside dans le coût financier. Or Internet est synonyme de gratuité et de liberté. Mais dans ce cas cela revient à considérer le numérique comme substitut à une visite réelle au musée ? Autrement dit à stigmatiser les publics ? Une segmentation entre ceux qui ont les moyens financiers d’accéder aux œuvres d’art « en vrai », et ceux qui devraient se contenter de leurs répliques virtuelles ? L'obstacle financier n'en n'est peut être pas un si on considère les tarifications spéciales mises en place (étudiants, jeunes, chômeurs, retraités).

 

peinture google art project

 

Il s'agit davantage d'un problème d'image: les musées sont perçus comme élitistes et inaccessibles.

Le numérique semble donc être une opportunité de pallier plusieurs obstacles à l’accessibilité de la culture : frein géographique, temporel, informatif, financier et d'agir sur l'image et l'attractivité des musées. De nouvelles perspectives s'ouvrent donc aux musées pour se développer, attirer de nouvelles cibles et les fidéliser.

Au contraire, les détracteurs de l’introduction du numérique dans les politiques culturels, relèvent que celui-ci ne permettra pas forcément de toucher un public nouveau mais une cible déjà consommatrice de culture. Ainsi le site Internet du Google Art Project est visité avant tout par des connaisseurs qui cherchent à se renseigner davantage sur une œuvre ou sur un musée. La vision des TIC comme appui aux politiques de médiation culturelle des musées semble donc être largement fantasmée.

Sur le sujet des musées virtuels, lire un autre article du blog