La soudaine libération de Florence Cassez et son retour en France ont été largement médiatisés par les journalistes français. La façon dont les médias ont parlé de cette femme fait penser à Ingrid Betancourt. Pour ces deux femmes qui ont passé plusieurs années en captivité, soit en prison au Mexique pour l’une, soit comme otage des FARC en Colombie, les médias ont construit la figure d’une héroïne.

Cela souligne deux choses : d’abord les médias adorent les histoires héroïques et ont tendance à victimiser pour mieux provoquer l’empathie du public. Avec Florence Cassez tous les ingrédients étaient au rendez-vous : émotion (les images des retrouvailles avec les proches passées en boucle sur les chaînes TV), témoignages de la famille (le jour de sa libération à 19h on pouvait entendre le père de Florence Cassez dans C à vous sur France 5 et sa mère dans le Grand Journal sur Canal +). Florence Cassez a même eu droit à son 20h sur TF1 et pourtant qu’a-t-elle fait pour cela ? Contrairement à Ingrid Betancourt qui était une femme politique engagée dénonçant les FARC, Florence Cassez n’était pas une femme publique. Ni femme politique ni journaliste, juste une femme comme les autres qui s’est retrouvée emprisonnée au Mexique suite à une affaire privée. Encore une fois information et divertissement se sont mêlés et les journalistes ont fait de « l’infotainement ».

                            

florence cassez

D’autre part, cela montre le chauvinisme des médias français qui ont tous donné la même image du Mexique : un pays dangereux ou la justice est bien souvent corrompue, raison pour laquelle Florence Cassez a attendu pendant sept ans sa libération. Certes la justice mexicaine est loin d’être un exemple mais c’est dommage que les média français n’aient pas cherché à se défaire d’un point de vue occidental sur le sujet. Rares sont les médias qui ont donné la parole à des experts mexicains. Ceux qui l’ont fait ont privilégié des points de vue caricaturaux. Cela met en lumière l’ethnocentrisme en vigueur dans les médias et les stéréotypes que les pays occidentaux comme la France ont sur les pays du Sud.

FCassezCette position des médias français reflète bien « l’arrogance » dont a fait preuve la France dans l’affaire Cassez, comme le souligne l’éditorialiste mexicain Emilion Lezama sur le site Internet du Nouvel observateur. Arrogance lorsque Nicolas Sarkozy a dédié l’année du Mexique en France à Florence Cassez réduisant ainsi les liens culturels entre les deux pays à une affaire judiciaire qui du même coup est devenue politique. C’est donner beaucoup d’importance à une femme qui certes à été mal jugée par la justice mexicaine (avec la fausse reconstitution de son arrestation retransmise à la télévision mexicaine) mais dont on ne sait pas pour autant si elle est innocente ou pas. En effet, dans cette affaire, la France est intervenue dans un élément de souveraineté nationale du Mexique : la justice.D’ailleurs, le président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel l’affirme sans sourciller  « trois jours après (son) entrevue avec lui [le président du Mexique], il avait changé deux juges de la Cour suprême, |…] ceux qui étaient particulièrement défavorables à Florence ».Bel exemple d’indépendance de la justice ! Il suffit qu’un nouveau président soit élu au Mexique et qu’un pays étranger intervienne pour qu’un jugement change du tout au tout. Résultat : il n’y aura jamais de réel procès dans cette affaire. On ne saura jamais si Florence Cassez est coupable ou innocente.

florence cassez prison

D’autre part, l’arrivée de Florence Cassez à l’aéroport, accueillie tel un chef d’Etat par deux ministres du gouvernement Ayrault, fait partie d’une mise en scène médiatique. Mise en scène orchestrée par la diplomatie française pour démontrer son efficacité auprès de l’opinion publique française et auprès des pays étrangers ; mise en scène dont se sont bien sur délectés les médias français. Mais finalement, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est largement disproportionné. La mise en scène et le spectacle médiatique de l’arrivée de Florence Cassez fait étrangement écho à la mise en scène de sa fausse arrestation en 2005 organisée par les autorités mexicaines. Au final demeure l’étrange impression que Florence Cassez a été instrumentalisée par le Mexique et par la France et que ni la justice ni les médias n’ont été impartiaux dans cette affaire.